Plenilunio – Entretien avec Luis et Romulo Royo

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À l’occasion de la sortie imminente de Plenilunio, Luis Royo et son fils Romulo, co-créateurs de l’univers de Malefic Time, se sont prêtés au jeu des questions-réponses.

Bonjour Luis, bonjour Romulo. Plenilunio est votre première incursion dans le monde du jeu de rôles. Quels furent les défis à surmonter pour insuffler l’univers imaginaire de Malefic Time dans ce media inédit pour vous ?
Malefic Time est un projet pluridisciplinaire. C’est au fur et à mesure de nos visites au centre psychiatrique de Cienpozuelos (NdT : où séjourne l’homme qui a inspiré à Luis Royo l’univers de Malefic Time) que s’est construite l’architecture de l’univers grâce aux informations recueillies. À partir de là nous n’avions plus de limites. C’est de ce monde apocalyptique que découle cette multitude de personnages et de créatures de toutes sortes. L’histoire centrale est développée dans les trois bandes-dessinées, que sont Apocalypse, 110 Katanas et Akelarre (NdT : à paraître prochainement). Elles forment la colonne vertébrale de l’univers de Malefic Time.

   

C’est le point de départ vers différents formats et médias : la nouvelle, le manga, la musique, les figurines ou le jeu de rôle. L’idée est de toujours enrichir ce squelette de la trilogie originale. En d’autres termes, dans le jeu de rôle par exemple, on découvre le mode de vie et de survie des habitants. On rencontre des personnages de ce monde en dehors des figures principales de l’histoire. Tout cela contribuer à poser des ambiances variées, permettant de vivre une vraie aventure dans cet univers. Tout est complémentaire et chaque aventure vécue enrichit le monde de Malefic Time.
Bien entendu, l’apport de Nosolorol à l’histoire fut grandiose. Travailler avec eux fut un plaisir car ils ont plongé immédiatement dans l’univers malgré sa complexité, sans même faire connaissance avec « l’Américain ».


Malefic Time
est un projet transmédia qui associe la littérature, l’illustration, la musique et le jeu de rôle. Mais c’est aussi un projet transgénérationnel qui associe père et fils. Quelles sont les forces et les difficultés d’une telle collaboration, et comment ce projet a-t-il trouvé sa place au sein de vos parcours respectifs ?
(Romulo) On n’est pas certains de savoir si l’on est père et fils ou deux frères, mais il est vrai qu’il y a une grande différence d’âge. Nous nous sommes redécouverts lors d’une visite au centre psychiatrique de Cienpozuelos. La magie a opéré lorsque ces histoires et idées magnifiques sont sorties de la bouche de Luis Royo. Il y avait un interné : « l’Américain ». Luis avait pour habitude de lui rendre visite ; c’est lui qui lui transmet tout ce qui se passera lors de l’apocalypse sur le point de se réaliser. Il fait partie des patients internés « par sécurité », appelés « fantômes » par les internes eux-mêmes. Ils ne sont ni dans les couloirs ni mélangés aux autres malades. Je ne l’ai jamais vu mais il existe, j’en suis certain. Depuis, je rêve de scènes et de concepts issus de cet univers que j’ai sous la peau.
Nos métiers sont différents, Luis en tant que dessinateur et moi en tant que peintre. Bien que nous connaissions les deux mondes, nous aimons les défis, et la confrontation de nos deux façons de faire créé de nouvelles choses. Nous ne comprenons pas pourquoi le monde de la peinture et celui de la bande-dessinée et de l’illustration sont si éloignés alors qu’ils sont des formes d’arts si proches.


Plenilunio
évoque immanquablement le jugement dernier dans un monde post-apocalyptique et la destinée qui guide les personnages. Comment ces derniers, qui ne sont déjà plus des humains ordinaires, peuvent-ils rester maîtres de leur destin ? Autrement dit, l’avenir de l’humanité est-il écrit à l’avance ou peut-on s’affranchir de la fatalité ?
L’apocalypse arrive prochainement, de fait des symptômes sont visibles. Certains joueurs de Plenilunio affirment avoir vu récemment une sorte « d’ailé », très succinctement. Tout est écrit, mais dans un couloir rempli de portes, et chaque porte mène à une histoire et à un dénouement différent. Les dieux n’en savent pas plus que nous. Et nous tous, dieux comme humains, événements et rêves avons notre rôle dans ce chapitre de l’histoire de la vie.


L’épée Malefic est un artefact très ancien au centre de l’univers de Plenilunio. Dans les traditions européennes, l’épée représente le pouvoir sous toutes ses facettes, à la fois celui qui anoblit et celui qui anéantit. Qu’en est-il de Malefic ?
Nous allons nous expliquer, car c’est une partie importante de l’histoire.
L’épée Malefic peut être elle-même considérée comme un personnage essentiel. Ce puissant artefact donne son pseudonyme à Luz et baptise le projet en entier. C’est plus qu’une simple arme et elle est chargée d’une symbolique ésotérique.
Elle forme un tout avec Luz. C’est une arme qui lui est destinée, et la jeune femme est destinée à l’arme. Elles entrent en symbiose l’une avec l’autre et elles se renforcent l’une l’autre. Lorsque Luz est armée de Malefic, ses compétences et capacités sont décuplées. Elle est un symbole mystique. Avec le Graal elle représente le symbole féminin du cercle uni à la croix. Lorsque Luz l’empoigne, elle représente la pleine lune. Toutes ses pièces séparément sont également chargées d’une symbolique propre. La poignée comporte les neuf têtes de serpents, associées à Seth ainsi qu’à la Bête représentée dans l’Apocalypse selon St Jean, ainsi qu’au Léviathan, Tiamath et autres symboles qui représentent l’essence elle-même, créatrice et destructrice, de la Terre Mère, ainsi que le cycle de la vie, la naissance, la mort et la résurrection naturelle et implicite en elle. Sa garde en croix représente l’Homme, bien que squelettique, renforçant l’élément de la mort en tant que catharsis au changement. Bien qu’on joue avec l’image sinistre d’un homme crucifié squelettique et inversée lorsque l’épée est dans son fourreau, sa position naturelle lorsqu’elle est dégainée le présente comme l’humanité dressée face au changement. Le pommeau incarne la sagesse de Baphomet alors que la lame appartient à un fragment de l’arme d’origine utilisée par Lucifer lors de sa rébellion contre Marduk. Son métal est inconnu et représente l’élévation, l’aspect divin, de la même manière que les Déchus symbolisent la nature de leur rébellion. Mais ce ne sont que quelques exemples.
Son aspect final est le résultat d’un processus de modification à travers différentes cultures et des siècles pendant lesquels elle a acquis de nouveaux éléments. Chacun avec une valeur symbolique nouvelle. La plupart de ces pièces peuvent être extraites séparément, et certaines fonctionnent même comme des armes secondaires.


Il faut un nom à une épée : Excalibur, Lige ou Stormbringer. Comme Malefic a-t-elle obtenu le sien ?
En fait Malefic donne son nom au projet et à l’histoire.
Le nom de l’épée est Malefic, mais lu dans le désordre cela donne : CIFELAM, ou encore AM FEL CI, les trois sources d’énergie primitives de l’homme.
En 1993, la première illustration de Malefic a été publiée en tant que couverture pour un livre d’illustrations du même nom. Cette épée est apparue dans de nouveaux livres et imprégné son esprit dans l’ambiance et les personnages de Malefic, Secrets, III Millennium pour en citer quelques-uns.


On croise également la symbolique double de la femme qui porte la vie et de la guerrière qui porte la mort, et leur relation ambigüe avec la figure masculine représentant l’ordre et l’autorité. Comment ces figures qui parcourent votre œuvre ont elles trouvé leur place dans Plenilunio ?
Le motif féminin contrastant avec son environnement est un aspect récurrent dans plusieurs de nos travaux.
Tant l’anatomie, la silhouette, les jeux d’ombres et de lumière, bref tout ce qui compose le paysage de l’univers féminin exerce un pouvoir d’attraction dont est incapable l’univers masculin, plat et horizontal. Et ce malgré les tentatives des derniers siècles. Bien que cela puisse être entendu comme une position féministe, ce n’est qu’une perception instinctive du monde.
Dans Malefic Time, les origines féminines et matriarcales de la Terre-Mère sont présentes en permanence.


Le public français connaît et apprécie votre travail depuis longtemps, notamment grâce aux traductions de vos ouvrages dans notre langue. Quels conseils donneriez-vous aux joueurs français pour aborder le jeu de rôle Plenilunio ?
Une réponse courte et rapide. Jouer rapidement et le plus possible. Le jour de Malefic approche et avec lui tout le grabuge qui se mettra en place. Nous n’aurons alors plus le temps pour y jouer.


(source photos : sites officiels de Luis et Romulo Royo, propos traduits par Gilmara Nobilet, merci à Manuel J. Sueiro de Nosolorol)

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